29 octobre 2008
deuxième extrait: Dans les studios
Mon
éditeur m'ayant demandé de ne rien publier qui puisse révéler
l'intrigue de Blood Story, le choix de ce second extrait a été extrêmement
fastidieux.... Mais sachez au moins ceci:
A ce moment du récit, Susanne est déjà à l'intérieur de la Villa depuis plusieurs jours. Comparé aux autres participants, ses chances de survie sont très minces. Son frère Christophe, qui est médecin, reçoit une lettre de l'Intereal, la société de production en charge de la télé-réalité du futur. Fou d'inquiétude, il redoute un faire part de décès. En réalité, c'est une invitation pour assister au duel du lendemain en direct des studios.
Malgré un profond sentiment de malaise, il décide de s'y rendre...(Cliquez ici pour le résumé du roman)
20h12
- Votre invitation, monsieur ?
Christophe tendit automatiquement le billet cartonné au vigile posté devant l’entrée du studio. Celui-ci hocha la tête et s’écarta pour le laisser passer.
- C’est bon. Vous pouvez entrer.
Bien que le plateau fût encore vide et l’émission loin d’être commencée, l’intérieur du studio était déjà noir de monde. Des hôtesses étaient postées devant chaque entrée, et s’affairaient à placer les nouveaux arrivants. Une blonde sulfureuse au menton pointu et au nez visiblement refait lui indiqua l’allée du milieu.
- Vous pouvez choisir n’importe quel siège dans l’allée 17, monsieur, dit-elle avec un sourire qui lui tirait la peau du menton jusqu’aux commissures des lèvres. Je vous souhaite une agréable soirée.
Christophe marmonna un merci forcé. Il se fraya un chemin jusqu’à un siège situé vers le milieu de l’allée, juste à côté d’un type mal rasé qui mangeait goulûment du pop-corn et dont la moitié seulement atterrissait dans sa bouche, alors que l’autre moitié finissait immanquablement par terre ou sur ses genoux.
- Salut, dit l’homme à Christophe en lui envoyant une rafale de postillons caramélisés. Alors, prêt pour le spectacle ?
- Prêt, je ne sais pas. Mais impatient que ça se termine.
- Ouais, ouais, fit l’homme en reprenant une poignée de pop-corn. On l’est tous. Et encore, tu viens d’arriver. Moi, ça fait trois heures que j’attends sur ce putain de siège. J’ose même pas me lever pour aller pisser. Mais qu’est-ce que tu veux, j’ai commandé l’invit’ seulement trois mois à l’avance, je ne vais pas me plaindre. J’ai déjà un sacré bol d’avoir réussi à obtenir une place.
Il lança un coup d’œil à l’invitation de Christophe et poussa un sifflement admiratif.
- Un passe bleu, dis donc ! Je parie que tu n’as même pas eu à faire la queue ! Tu bosses à l’Intereal, c’est ça ?
- C’est ça, répondit Christophe à contre cœur.
- Ah ouais ? (L’homme lui lança un regard méfiant) Et tu fais quoi ?
- Technicien de surface, dit Christophe sans desserrer les dents. Quand je passe la serpillière, le sol est tellement brillant que les membres de l’équipe de prod peuvent voir le reflet de leur cul en passant dans les couloirs.
- Ah ouais, fit l’homme, de nouveau admiratif. Sacré boulot ! Bosser dans les locaux de l’Intereal, t’as du bol, mon vieux !
- Tu n’as pas idée.
Il se détourna, mettant fin à la discussion. Il commençait à se sentir vraiment mal à l’aise. Autour de lui, les conversations allaient bon train, et des bribes de phrases parvenaient à ses oreilles.
- …bien sur que sans Kat ce serait beaucoup moins intéressant, mais…
- …et l’autre, là, tu sais, la pute, comment c’est son nom ?…
- … clair que Jeffrey est un sacré coup, mais c’est pas une raison…
- …si c’était moi le bourreau, je l’aurais pas fait comme ça…
- …avec les pieds, ce doit être plus facile qu’avec les mains, non ?…
- … et Susanne, elle a franchement rien à foutre dans ce jeu ! Moi j’espère que c’est elle…
Christophe sentit tout son corps se couvrir de sueur. Il se retourna en direction de la voix et balaya la salle du regard. Impossible de découvrir qui venait de lâcher cette phrase. Il y avait trop de monde.
Cela pouvait être n’importe qui.
Tout à coup il lui sembla que la salle entière parlait de Susanne. Le groupe de filles juste derrière lui, dans l’allée 18. Le couple situé plus loin à sa droite. La vieille femme qui chuchotait avidement quelque chose à l’oreille de sa voisine. Ils parlaient tous de Susanne, tous. Ils voulaient tous la voir mourir.
Et soudain, ce fut une certitude.
La prod a envoyé une
invitation, parce que Susanne doit être la victime du troisième duel !
Il ne voyait pas d’autres raisons.
La lumière baissa, et le public se mit à applaudir.
Le présentateur entra sur le plateau.
Le spectacle était sur le point de commencer.
13 août 2008
J-8... premier extrait: La Villa
La Villa domine majestueusement le sommet d’une falaise. En bas, tout au fond de l’abîme, les vagues bouillonnantes viennent s’écraser contre les rochers. Impossible de s’enfuir. Mais qui voudrait quitter ce lieu de félicité ?
C’est une villa de rêve.
La Villa de vos rêves.
Bien sur, tout est faux, et vous le savez très bien.
Il n’y a pas de falaise, pas de rochers ni de vagues, pas plus qu’il n’y a cet éternel ciel constellé d’étoiles, ni même cet éclair qui vient irrémédiablement frapper l’une des tours, tous les soirs du mois de mai à 20h45 pile. Ce n’est qu’un leurre, un montage numérique de mauvaise qualité qui apparaît au début du générique, juste avant le titre de l’émission et les visages béats des heureux mortels venus goûter au fruit défendu.
Et le plus drôle, c’est qu’il n’y a même pas de villa.
Mais ça aussi, vous le savez.
Il n’y a qu’un énorme bloc en béton situé en plein centre de la capitale, truffé de caméras de surveillance et entouré de tout un labyrinthe de grillages, de barbelés, d’agents de sécurité armés jusqu’aux dents, et qui, vu de l’extérieur, doit bien paraître l’endroit le plus laid de tout le pays.
Mais vous vous en foutez.
Vous pensez tous que ce bloc immonde est le lieu le plus merveilleux qui puisse exister.
Et le pire, c’est que vous rêvez tous d’aller crever là-bas.
Je m’appelle Aloïs, et je suis Dieu.
Pas le Dieu que l’on trouve dans la Bible,non, je suis mieux que ça.
Premièrement je suis plus présent et plus palpable, ce qui fait que personne n’aurait l’idée saugrenue de nier mon existence.
Deuxièmement, vous ne discutez jamais mes ordres et mes idées vous semblent toujours judicieuses, car nous cohabitons dans une entente parfaite. Vous êtes prêts à vous sacrifier pour moi, et rien ne vous procure davantage de plaisir. C’est que personne ne peut vous comprendre aussi bien que moi, ni savoir aussi bien que moi ce dont vous avez envie, puisque je suis le Dieu de ce système de choses.
Troisièmement, je vous aime, et moi, au moins, je le prouve.
Mon prédécesseur vous a donné le jardin d’Eden que vous vous êtes empressés de perdre avec votre manie de vouloir tout bouffer, même quand on vous dit que vous allez en être malade jusqu’à la fin de vos jours. Mais vous n’avez rien voulu savoir, et ça fait des milliers d’années que vous n’arrivez pas à la digérer, cette fichue pomme.
Jusqu’à ce que j’arrive et que je vous pardonne tout.
Moi je ne vous en veux pas de vouloir tout goûter, tout savoir.
Je vous donne même l’occasion de pouvoir être mes égaux, voyez que je ne suis pas égoïste !
IL vous a interdit le chemin qui mène à son jardin, moi je vous ouvre grand une autre voie.
Je vous offre mieux qu’un tas d’herbes broussailleuses et une poignée de fleurs.
Je vous offre La Villa.
Je m’appelle Aloïs, et je suis Dieu.
Vous voulez savoir ce que cela fait d’être un élu ?
Vous voulez passer un pacte avec moi ?
Rien ne saurait me faire davantage plaisir. Mais sachez que chaque chose a son prix.
Et lorsque entrez dans la lumière…
Comptez vos jours, car vos jours sont comptés.