La Villa domine majestueusement le sommet d’une falaise. En bas, tout au fond de l’abîme, les vagues bouillonnantes viennent s’écraser contre les rochers. Impossible de s’enfuir. Mais qui voudrait quitter ce lieu de félicité ?

C’est une villa de rêve.

La Villa de vos rêves.

Bien sur, tout est faux, et vous le savez très bien.

Il n’y a pas de falaise, pas de rochers ni de vagues, pas plus qu’il n’y a cet éternel ciel constellé d’étoiles, ni même cet éclair qui vient irrémédiablement frapper l’une des tours, tous les soirs du mois de mai à 20h45 pile. Ce n’est qu’un leurre, un montage numérique de mauvaise qualité qui apparaît au début du générique, juste avant le titre de l’émission et les visages béats des heureux mortels venus goûter au fruit défendu.

Et le plus drôle, c’est qu’il n’y a même pas de villa.

Mais ça aussi, vous le savez.

Il n’y a qu’un énorme bloc en béton situé en plein centre de la capitale, truffé de caméras de surveillance et entouré de tout un labyrinthe de grillages, de barbelés, d’agents de sécurité armés jusqu’aux dents, et qui, vu de l’extérieur, doit bien paraître l’endroit le plus laid de tout le pays.

Mais vous vous en foutez.

Vous pensez tous que ce bloc immonde est le lieu le plus merveilleux qui puisse exister.

Et le pire, c’est que vous rêvez tous d’aller crever là-bas.

Je m’appelle Aloïs, et je suis Dieu.

Pas le Dieu que l’on trouve dans la Bible,non, je suis mieux que ça.

Premièrement je suis plus présent et plus palpable, ce qui fait que personne n’aurait l’idée saugrenue de nier mon existence.

Deuxièmement, vous ne discutez jamais mes ordres et mes idées vous semblent toujours judicieuses, car nous cohabitons dans une entente parfaite. Vous êtes prêts à vous sacrifier pour moi, et rien ne vous procure davantage de plaisir. C’est que personne ne peut vous comprendre aussi bien que moi, ni savoir aussi bien que moi ce dont vous avez envie, puisque je suis le Dieu de ce système de choses.

Troisièmement, je vous aime, et moi, au moins, je le prouve.

Mon prédécesseur vous a donné le jardin d’Eden que vous vous êtes empressés de perdre avec votre manie de vouloir tout bouffer, même quand on vous dit que vous allez en être malade jusqu’à la fin de vos jours. Mais vous n’avez rien voulu savoir, et ça fait des milliers d’années que vous n’arrivez pas à la digérer, cette fichue pomme.

Jusqu’à ce que j’arrive et que je vous pardonne tout.

Moi je ne vous en veux pas de vouloir tout goûter, tout savoir.

Je vous donne même l’occasion de pouvoir être mes égaux, voyez que je ne suis pas égoïste !

IL vous a interdit le chemin qui mène à son jardin, moi je vous ouvre grand une autre voie.

Je vous offre mieux qu’un tas d’herbes broussailleuses et une poignée de fleurs.

Je vous offre La Villa.

Je m’appelle Aloïs, et je suis Dieu.

Vous voulez savoir ce que cela fait d’être un élu ?

Vous voulez passer un pacte avec moi ?

Rien ne saurait me faire davantage plaisir. Mais sachez que chaque chose a son prix.

Et lorsque entrez dans la lumière…

Comptez vos jours, car vos jours sont comptés.